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 Editorial -Editorial

A Lumane Casimir, 5 ans après le 12 janvier 2010, le calvaire n’est pas terminé

Il se passe de drôles de choses en matière de relogement en Haïti.  Nous nous sommes un peu trop habitués aux images des familles vivant sous les tentes, dans des abris provisoires déglingués, sur les pentes des ravines, sur le Morne l'Hôpital, dans le désert de Corail Cesselesse etc. pourvu que ce ne soit pas trop près des beaux quartiers.  Vous connaissez tous l'histoire du bidonville  Jalousie qui s'est trouvé exposé aux yeux des clients d'un tout nouveau grand hôtel à Pétion-Ville. On a peint les façades des maisons pour faire plus exotique. Sauf qu'on a tout simplement oublié d'expliquer aux familles qu'elles vivent sur une faille sismique, qu'au prochain tremblement de terre, il y aura de gros dégâts dans la zone et que leur vie est gravement menacée.

Le village Lumane Casimir, qu'on nous avait présenté comme le modèle  qu'on devait  suivre pour reloger les  victimes du séisme,  les habitants des immondes bidonvilles, absorber la croissance de la population et la forte migration interne, s’avère un véritable cauchemar, un véritable camp pour ses trop peu nombreux habitants, en un mot un fiasco.

L’équipe de l’Observatoire du logement en Haïti a visité le site à plusieurs reprises. Ce que nous y avons appris nous glace le sang.

En dehors de toutes les difficultés inhérentes  à la mauvaise conception du village et qui sont largement reconnues par tous, il nous apparaît absolument scandaleux que les habitants soient terrorisés par une unité de gestion, sans travailleur social, souvent accompagnée de gros bras, qui leur tombe sur la tête à la moindre revendication.

Il est absolument inadmissible que des citoyens qui manifestent pacifiquement pour leurs droits et l'amélioration de leur sort soient jetés en prison sans mandat.

Il est criminel de jeter à la rue une jeune mère, ses deux enfants de trois mois et de deux ans ainsi que deux autres enfants orphelins dont la famille s'occupait, en fracturant leur porte,  et en jetant au loin sous la pluie toutes leurs affaires dans une décharge sauvage.

Il est criminel de frapper un aveugle et une mère de famille handicapée, de les jeter à la rue parce qu'ils soutenaient un proche, le leader qu’il s’étaient choisi, arrêté illégalement.

Il est scandaleux que toutes ces maisons construites avec l'argent public, sans appel d'offre, demeurent vides alors que tant de familles survivent encore sous les tentes ou dans des abris provisoires  insalubres.

De nombreuses questions sont également soulevées par l’observation de la situation. Ainsi, est-il légal et même juste d’annoncer une augmentation de loyer de plus de 66 % sans discussion avec les locataires ? Est-il moral de demander à des familles sinistrées, traumatisées de payer sous deux semaines, sous peine de sanctions, une dette de plus de 25 000 gourdes ? Est-il démocratique qu’une unité de gestion soit formée, avec uniquement des gens venus d'ailleurs et de condition sociale différente, sans la participation des résidents ? De quel droit inné, l'UCLBP s’occupe-t-elle de la gestion du village ? Pourquoi avoir ainsi déchargé l’EPPLS ? Et qui autorise l'UCLBP à recruter une entreprise à but lucratif, nouvellement créée, sans expérience aucune, et apparemment sans autre client, afin de sélectionner les futurs résidents du village et de les « accompagner au quotidien » ?

Il est cynique de sortir les gens de leurs tentes crasseuses, de leur remettre "en cadeau" les clés de leurs maisons, devant les cameras et ensuite d'imposer des restrictions draconiennes à leur vie.

De quel bois sont donc faits ces "gestionnaires" pour rester insensibles à  de pareilles souffrances ?

Lumane Casimir d'origine sociale modeste est morte, dit-on dans une cahute à Fort-St-Clair, tuberculeuse dans la misère et le dénuement le plus total. J'ai cru comprendre qu'on a baptisé ce village coloré,  du nom de cette passionaria, de cette femme totale, libre, indépendante, moderne avant la lettre, qui de par sa voix et sa musique fait partie  incontestablement du patrimoine nationale et mondial, non seulement  pour célébrer le centenaire de sa naissance mais aussi pour  nous racheter  de notre bêtise collective, de nos égoïsmes et vils préjugés. Malheureusement la bête immonde en nous s'est montrée encore une fois plus forte que la sagesse, la raison, la générosité et notre humanité réunies et replonge Lumane une fois encore dans les affres de la souffrance.

 

Joël Jean-Baptiste

 

 

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