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D’une tente à une chambre, rien n’a vraiment changé

La population des camps de personnes déplacées a drastiquement diminué en Haïti : - 90 % en 4 ans. Ce qui pourrait sembler positif représente pourtant une occasion manquée. Plutôt que de profiter du séisme pour mieux reconstruire la capitale, le plan de relocalisation des habitants ne vise qu’à les réinstaller pour 1 an dans les mêmes quartiers mal construits qu’auparavant.

Stephen Ralph Henry, 10 janvier 2013  -  article rédigé en partenariat avec AlterPresse

Officiellement, les programmes de retour des déplacés du séisme de 2010 dans leurs quartiers, mis en œuvre par le gouvernement haïtien et des organisations non-gouvernementales ont permis de diminuer la population de sinistrés vivant dans les camps. Celle-ci est passée d’1,5 million d’individus en 2010 (dans les semaines qui suivirent le séisme du 12 janvier) à 145 000 en décembre 2013.

Si, à vue d’œil, il y a moins de camps dans Port-au-Prince (lire encadré ci-dessous), la situation des sinistrés, bénéficiaires du financement des programmes de retour, reste la même ou s’est parfois détériorée pour de nombreuses personnes.  

 « Je n’ai rien en main », dit  Maryse* mère de 4 enfants qui n’ont pas repris le chemin de l’école à la rentrée 2013. Bénéficiaire d’un programme de l’Organisation internationale des migrations (OIM), elle a quitté, en août 2013, le camp « Trazeli » du nord de la capitale où elle s’était réfugiée après la catastrophe. « Mais la  misère est devenue plus dure, assure-t-elle. Dans cette chambre où je vis je ne peux allumer le feu de  bois comme je faisais dans le camp pour préparer à manger à mes enfants ».  Et Maryse n’a pas de quoi se

Le relocalisation en pratique

Selon les dernières données de l’OIM (Organisation internationale des migrations), 271 camps subsisteraient dans toutes les zones qui ont été affectées par le séisme, pour 147 000 personnes. Il est à noter qu’au moins 4 sites ont tout simplement été rayés de la liste des camps, à la demande du gouvernement haïtien (Baudouin à Jacmel, Jerusalem, Canaan et Onaville à Corail, au nord de Port-au-Prince).

Actuellement, pour quitter les camps, les sinistrés reçoivent  20 000 gourdes (environ $ 500 $ US) afin de couvrir une année de loyer. Ils touchent également 1000 gourdes (25 $ US) pour le transport de leurs effets, et après quelques mois - 2 en moyenne - si les bénéficiaires occupent toujours la chambre louée, ils doivent percevoir 5 000 gourdes (près de 120 $ US) supplémentaires, suivant des informations recueillies auprès de l’OIM. Ces  cinq mille gourdes doivent servir à envoyer les enfants à l’école, à gérer la nourriture et à lancer une petite affaire. Mais 80 % des établissements scolaires relevant du secteur privé, la somme suffit parfois à peine à couvrir les frais de scolarité… 

payer charbon ou gaz propane. Elle dort sur une couverture de laine avec ses 4 enfants, 2 filles et 2 garçons. A 5 dans   ce qu’elle qualifie « d’enclos », elle estime que le programme est parvenu à les dissimuler comme plusieurs milliers d’autres personnes déplacées devenues invisibles.

Rose*, elle, est mère d’un petit garçon de 4 ans. Avec lui, elle vivait dans le camp établi au centre sportif de Carrefour (périphérie sud). Grâce au programme 16/6, lancé en septembre 2011 par le Gouvernement, elle a pu s’installer dans une chambre à Carrefour. Pour elle, « la seule amélioration réside dans le fait de ne plus vivre sous des bâches déchirées ». Mais à la question de savoir si sa situation a réellement changé, la réponse est claire et nette : « Non ».

Critiquant les programmes de retour, Rose remarque : « S’ils voulaient vraiment aider les gens, améliorer leurs conditions de vie, ils pouvaient établir des projets de logements  sociaux que les habitants auraient payé selon un plan. Mais une chambre pour une famille qui peut aller jusqu’à 10 personnes ce n’est surtout pas la solution. »

 Relocalisation ou expulsion en douce ?

L’OIM sait également que ce n’est pas la solution. « Plus de 90 % des gens abrités dans les camps étaient des locataires et on a mis ce programme (juste) pour permettre  aux gens de louer “une pièce-kay”, une chambre, pour sortir du cycle de la vie dans les camps », déclare David Preux, responsable de la coordination et de la gestion de Camps pour l’OIM.

Bradley Mellicker autre représentant de l’OIM, explique : « L’idée avec l’approche subvention au loyer c’est de donner aux bénéficiaires une année de loye pour leur permettre de se relever ». En clair, il ne s’agit pas de « fournir une assistance permanente à ces personnes » mais plutôt de les amener à une « situation similaire à (celle de) leurs voisins qui n’ont jamais vécu dans un camp. »

L’organisme Défenseur des opprimés (DOP) estime « insuffisantes » les 20 000  gourdes de subvention au loyer données aux déplacés pour quitter les camps. « Avec cette somme, les gens ne pourront pas vraiment trouver un logement avec des toilettes modernes, une cuisine et un espace vivable », déplore Frena Florvilus, une des responsables de DOP.

Et, le risque, c’est qu’une fois l’année de loyer écoulée, « les locataires quittent ce logement pour aller à Canaan, vaste bidonville créé au flanc du Morne à Cabris (périphérie nord de la capitale) après le séisme, ou dans un autre  camp », remarque Rose.

Reyneld Sanon, secrétaire exécutif de la Force de réflexion et d’action sur la question du logement (créole, Fòs refleksyon ak aksyon sou koze kay : Frakka), une organisation d’accompagnement des déplacés, est catégorique : « Il ne s’agit pas de relocalisation mais d’une expulsion forcée (en douceur). » En outre, contrairement à l’objectif poursuivi par l’OIM dans son programme, « les sinistrés n’ont pas vraiment de sécurité dans les quartiers populaires où ils sont relocalisés : ils sont exposés aux gangs et à toute autre forme de violence », ajoute Reyneld Sanon. 

Depuis le séisme, les autorités haïtiennes ont raté l’occasion de développer le secteur du logement social, selon les représentants de Frakka. Sur ce point, l’OIM est partiellement d’accord. A long terme, « il faut absolument faire quelque-chose  pour augmenter la quantité de logements  dans le pays, souligne Bradley Mellicker, mais cela relève du Gouvernement ».

« Nous pensons qu’un plan national de logement aurait déjà dû être défini permettant de préciser où l’on peut et doit construire en masse, quels sont les secteurs qui doivent être aménagés afin d’héberger la population dans des conditions décentes, » estime Joël Jean-Baptiste, secrétaire général de Mososah (Mouvement de solidarité avec les sans-abri d’Haïti). Un gros effort devra également être consenti sur la qualité. « Car, la plupart des logements construits sous l’égide des bailleurs internationaux sont trop exigüs pour les familles haïtiennes et n’offrent pas les services minimums tels que l’accès à l’eau, à la sécurité, aux zones d’activité…, conclut Joël Jean-Baptiste. »

 

* Maryse et Rose sont des noms d’emprunt.

 

 

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