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Enquete  -Enquête

Financement du logement : le règne du système D

Déterminés à reconstruire leurs foyers, les Haïtiens continuent à consentir de grands sacrifices pour financer les travaux. Et ce malgré un soutien bancaire très limité. Rencontre avec 7 d’entre eux qui nous présentent leurs stratégies respectives. 

Pharès Jérôme, 12 septembre 2013

En sueur après une longue journée de travail, arborant un sourire d'enfant récompensé, Pétidor, la cinquantaine accomplie, contemple sa maison reconstruite. Celle-ci comporte quatre pièces et un couloir recouverts de béton, un parking et une arrière-cour. Construit au prix de grands efforts, ce foyer aménagé à la Croix-des-Bouquets constitue l'investissement de sa vie.

A l’instar de Pétidor, beaucoup de familles se sont déplacées vers le nord de Port-au-Prince après le séisme du 12 janvier 2010. De nouveaux quartiers ont ainsi été créés comme c'est le cas de Canaan ou de Corail, tandis que d'autres existant déjà sont devenus plus denses comme Croix-des-Bouquets et Bon-Repos. « Croix-des-Bouquets est l'un des rares endroits de la zone métropolitaine où le prix du foncier est encore abordable pour quelqu'un de la classe moyenne comme moi », déclare Pétidor, marié et père de deux enfants.

Acquérir un lopin de terre est le premier pas dans un processus de construction qui se fait très souvent sur des années. Même s’ils n’ont pas toujours accès au crédit, les gens trouvent toujours une stratégie pour financer leur projet. Dans ces conditions, les constructions se font de façon progressive en priorisant la structure et les pièces principales. Le domicile de Petidor, par exemple, n'a pas encore de cuisine. Il n'est pas non plus crépi, ni peint. 

L’histoire de Petidor en dit long sur les mécanismes de financement du logement en Haïti. « Quand je me suis résolu à construire en 2008, j'étais loin de disposer des moyens, souligne ce fonctionnaire. Comme je travaille dans l'administration, j'ai pu accéder à un prêt à la consommation. Ce système de crédit n’est pas adapté à l’immobilier, son montant est insuffisant, mais je m'en suis servi faute de mieux.» Deux ans après la catastrophe, Pétidor a utilisé la même stratégie pour reconstruire son logement.

Le choix d’une épargne populaire

Charles, cadre d’une ONG internationale, a décidé d’investir ses économies dans la construction de sa maison. « J’ai acheté, après le séisme, un bâtiment inachevé que j’ai payé en quatre versements sur 1 an », dit-il, soulignant qu’il a réglé sa dernière échéance en décembre 2011. Il s’agit d’une maison à étage. Le rez-de-chaussée est achevé et habité. Au 1er étage, seulement quelques rangées de blocs sont posées. Le « sol* » entre des collègues de travail lui est apparu comme la meilleure stratégie de financement. « Nous étions six au bureau à nous mettre ensemble pour verser chacun 1000 dollars américains par mois, explique Charles. Chaque mois, l’un d’entre nous bénéficiait de cette épargne. Nous avons renouvelé cette organisation à deux reprises, et ça m’a permis d’épargner 18 000 dollars en 18 mois. »

Claude est, quant à lui, un cadre dans la fonction publique. Son rêve le plus cher, c’est de vivre dans sa propre maison. Au prix de grands sacrifices, il n’est pas loin de concrétiser son rêve : il a récemment coulé la dalle de son futur domicile. « J’utilise un crédit à la consommation pour financer la construction », précise-t-il. Sa femme, infirmière et travaillant également dans l’administration publique, contracte aussi des prêts à la même banque pour le financement des travaux. Pour compléter son budget, Claude a également dû accepter l’aide de son petit frère.

Isaac, professeur d’université, habite lui aussi une maison inachevée – il lui reste à financer les travaux de finition comme le crépissage des murs - depuis quelques mois. « J’ai épargné comme je pouvais pendant trois ans pour lancer la construction, déclare-t-il. Et j’utiliserais la même stratégie jusqu’à ce que tout soit achevé. »

Isaac ne songe pas à solliciter un emprunt bancaire. « Je préfère financer les travaux à partir de mon épargne plutôt que d’aller contracter un prêt à la banque, précise le jeune professionnel, diplômé en gestion des affaires à l’INAGHEI. D’ailleurs, avec mes multiples contrats de travail, je ne sais pas si je suis qualifié pour un emprunt. » Charles non plus n’a jamais eu l’intention de faire une demande à la banque. « Mon contrat avec l’ONG peut être résilié à n’importe quel moment, je n’ai aucun intérêt à contracter un emprunt, fait-il remarquer. Et je doute qu’ils acceptent mon dossier. » 

Crédit bancaire, non merci !

Ceux qui ne veulent pas solliciter les banques ont parfois de bonnes raisons. Le cas de Max, employé d’une maison de commerce à Pétion-Ville, en est la preuve. « J’ai fait plusieurs tentatives pour obtenir un prêt pour reconstruire ma maison, mais elles se sont révélées sans succès », regrette-t-il. La dernière en date a été déposée auprès de la BNC dans le cadre du programme Kay Pam. Il s’agit d’un programme de crédit au logement mis en place de concert avec la Banque populaire haïtienne (BPH). Après plusieurs mois de va-et-vient à la BNC, Max a décidé de laisser tomber. « A chaque fois, on me demande de nouveaux papiers et de nouvelles garanties que je n'avais pas forcément, critique-t-il. Vraiment, le programme Kay Pam ne convient pas au type modeste que je suis.»

Sans doute ne correspond-il pas non plus à la plupart des Haïtiens : d’après un article du Matin, en deux ans d’existence de ce programme, sur 352 requêtes reçues, seules 77 ont été approuvées.

En Haïti, il n’y a pas que les salariés et les riches qui cherchent à reconstruire leurs foyers. Dans les quartiers populaires, les gens de condition économique plus modeste se débrouillent aussi comme ils peuvent. « Reconstruire ma maison sévèrement endommagée lors du séisme du 12 janvier 2010 a été pour moi un véritable défi, » avance Désir, un boutiquier habitant le quartier de Carrefour-Feuilles. Sans aide de l'Etat, ni salaire régulier, il a dû faire fi de certaines obligations familiales et mettre de l'argent dans des sabotay. « Moi et 24 autres marchands du secteur informel, nous avons contribué 500 gourdes chaque jour. Cela nous permettait d’épargner 15 000 gourdes par mois. Ces fonds m'ont été très utiles pour réinvestir dans ma boutique, payer mes dettes et plus récemment construire mes deux pièces. Grâce à cela et aussi à la débrouillardise de ma femme, j'ai pu m’installer dans ma maison pas tout à fait prête mais déjà vivable. »

L’histoire d’Hervé vivant à Gressier, au sud de la capitale, est un peu plus originale. « N'était-ce ma famille de la diaspora, je serais probablement encore dans la rue, dit-il. En fait, après le tremblement de terre, j'ai parlé de ma situation à un cousin qui vit à Miami. Celui-ci a proposé de m'aider à reconstruire ma maison à condition qu'il devienne copropriétaire. J'ai vite accepté sachant que c'était la seule opportunité pour moi bâtir mon domicile. »

    NDLR : pour compléter cet article, nous avons tenté de rencontrer deux banques, la BNC et Sogebel, qui ont élaboré des programmes d’emprunt immobilier. Aucune n’a à ce jour accepté de répondre à nos questions

    * Sol : Opération par laquelle plusieurs personnes constituent - par le paiement de cotisations régulières - un fond commun, qui sera capitalisé et versé à l'échéance convenue à tour de rôle, à chaque participant. Le sabotay se définit de la même manière, à la différence qu’il s’organise sur une période plus courte et que les cotisations sont versées quotidiennement.

    Pour en savoir plus sur le sol et le sabotay, deux formes d’épargne informelle très populaires en Haïti, lire l’ouvrage de Joseph Fritzner, Les tontines haïtiennes, histoire et micro-économie des institutions financières informelles, publié en 2009.

 

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