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L'Etat haïtien a-t-il une politique nationale de logement ?

Joël Jean-Baptiste, secrétaire général de Mososah, 5 août 2013

Apres le terrible séisme qui a frappé le pays le 12 janvier 2010, faisant plus de 200 000 morts, détruisant et endommageant gravement plus de 200 000 logements, pour un pays qui était déjà confronté à une sévère crise du logement et où seuls les bidonvilles sont en voie de développement, on aurait pu penser que la priorité des priorités, l'urgence des urgences pour les gouvernements d'hier et d'aujourd'hui ainsi que pour les Parlementaires serait un Plan national de logement. Pourtant, plus de trois ans après, près de 300 000 citoyens ont échoué dans des camps de fortune insalubres et dangereux, d’autres dorment encore dans plus de 110 000 shelters disséminés à travers le pays, un nombre indéterminé a trouvé refuge dans les taudis pré-existants et les familles de la classe moyenne ne trouvent pratiquement aucun soutien pour faire face aux dépenses de reconstruction ou de réhabilitation de leurs maisons.

Dès le mois d'avril 2011, Mososah, notre petite association naissante dans un souci citoyen de l'intérêt général, avait proposé un chiffrage des besoins minimum permettant de stabiliser la situation du logement. Le minimum, c’est-à-dire, ce que tout citoyen se doit d'attendre de ses dirigeants. 1 million de logements fut le chiffre et l'échéance, 2025, c'est-à-dire quasiment demain (lire notre manifeste pour un plan national de logement).

Or, à quoi avons-nous assisté jusqu'ici ? Les ONG, qui ont dominé la scène après la catastrophe, quittent le pays peu à peu, la queue entre les jambes, peu fières de leurs grandes réalisations avec les millions des généreux citoyens du monde entier, mais aussi pour certaines, douloureusement revenues de leur angélisme : « y a qu'à/faut qu’on ». L'assistance étatique, multilatérale, bilatérale et nationale prend le relais.

Le projet des Orangers, Buiding Back Better, cette exposition de maisons modèles, lancée avec tambours et trompettes en 2011, fut un fiasco sans lendemain. Le temps des shelters - après celui des tentes - semble révolu, même si subsiste un shelter cluster (réunissant ONG, organisations internationales, experts de tout poil et même parfois un ou deux représentants de l’administration haïtienne).

On parle de plus en plus de logements permanents. Canaan, bidonville symbole de l’absence totale de contrôle de la situation par les autorités, continue de prendre de l'ampleur.

Malheureusement, les quelques projets que nous avons pu visiter ne répondent nullement aux vœux exprimés dans la Constitution, en son article 22: l'Etat reconnaît à tout citoyen le droit à un logement décent. Imaginons des familles de 7 personnes (moyenne observée parmi les classes défavorisées) vivant dans ces maisons de moins de 30 m2. Rien que sur ce plan, sans autres considérations de confort, d’accès à l’eau potable ou à l’électricité, nous constatons que ces projets, fort modestes en nombre, au regard de nos besoins, ne reflètent pas le vœu de la constitution et sont donc tout simplement illégaux..

Beaucoup de conférences ont lieu sur la reconstruction d'Haïti, dans les grands hôtels du pays et à l'étranger, loin des misérables des camps et des bidonvilles, qui ne sont jamais invités. On y présente généralement de belles photos, de beaux plans, et on débat entre autres de la situation du logement. Dans beaucoup de discours publics, nos dirigeants parlent de politique du logement. Mais les conférences et les discours ne sauraient tenir lieu de politique. Nous l'entendons ici, dans le sens d'une décision prise par une autorité légitime, d'un cadre organisé, comprenant les moyens, stratégies et tous autres mécanismes à mettre en œuvre en vue d'atteindre un objectif prédéfini.

Il serait souhaitable que ce cadre et cet objectif soient établis suite à une consultation large avec tous les concernés, sans exclusion. Jusqu'ici, ce n'est toujours pas le cas. Il n'y a pas d'objectif clairement élaboré, donc pas de moyens, pas de stratégies, pas d’actions.

Bien sûr on entend parler de l’Unité de construction de logements et bâtiments publics (UCLBP), des programmes 16/6, etc. Il faut longuement chercher pour trouver la dernière version de la Politique nationale du logement et de l’habitat produite par l’Unité. Ce document, toujours provisoire et en cours d’élaboration depuis bientôt 2 ans, ne circule qu’entre gens initiés : personnels des ONG, bailleurs de fonds, quelques ministères on l’espère. Sur son site internet : rien, pas même le décret de création de l’institution. Juste : la photo du premier ministre…

Une fois la main mise sur le précieux document, version toujours provisoire datée d’avril 2013, nous lisons : « Placé à la Primature sous l'autorité du Premier Ministre, l'UCLBP est l'organe gouvernemental qui porte la Politique nationale du logement et de l'habitat. » De cette institution, récemment créée sous l’impulsion d'institutions internationales, dépend donc désormais tout le secteur logement et même celui du bâtiment public… Car dans une version antérieure du document, datée de 2012, on peut lire : « L'UCLBP est en charge de la construction de tous les bâtiments administratifs du pays, de nouveaux développements en terme de logements, de réhabiliter et de reloger "les victimes du séisme". L’Unité – qui n’a aucune légitimité et qui ne peut répondre de son action devant le Parlement - va donc définir les normes de construction, réguler le secteur, la planification territoriale, orienter et inciter les investissements publics et privés, réformer le financement du logement, réguler le système foncier, coordonner les Organisations internationales présentes sur le terrain, encadrer et contrôler les collectivités territoriales, etc. En bref, plus puissant que les Ministères des Travaux Publics, de la Planification et de la Coopération externe, de l'Economie et des Finances, des Affaires sociales réunis, tout en écrasant au passage l'EPPLS, l’UCLBP est la panacée qui va nous permettre en un rien de temps de résoudre des difficultés qui datent de notre Indépendance.

Encore faudrait-il que ces difficultés n’aillent pas grandissantes. Dans la livraison 2012 de la Politique nationale du logement et de l’habitat, le déficit en logements du pays était chiffré à 500 000. Cette année, la version révisée de cette politique l’estime à 700 000. Et cela malgré les 5 000 logements reconstruits et les 15 000 réparés avec l'aide de la communauté internationale, malgré les 100 000 maisons réparées ou construites par les familles haïtiennes. A quoi devons-nous nous attendre l'année prochaine ? Le déficit passera-t-il à 900 000 ? Tel Sisyphe condamné à rouler éternellement son rocher en haut de la colline sans jamais en atteindre le sommet, notre politique de logement est-elle destinée à se réinventer elle-même chaque année sans jamais aboutir ? Combien de temps encore, restera-t-elle, et les conditions de vie des citoyens haïtiens avec elle, provisoire ?

 

 

 


 

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