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Les maisons controversées d’Ekam convoitées par l’université.

A Caracol, dans la proximité du Parc Industriel mais aussi de la toute jeune université de Limonade, le projet de logements Ekam est sur le point d’accueillir ses premiers habitants. Le programme, mené dans une transparence très relative, attire déjà de nombreuses critiques

Sandra Mignot, 5 août 2013

Photo ensemble Le long de la route nationale 6 qui sillonne la côté Nord-Est d’Haïti, soudain, surgissent des dominos de couleurs, un alignement de baraques qui, de loin, font penser à des jouets incongrus alignés sur un rayonnage de supermarché. Malgré un remarquable retard, le projet de logements de Caracol, prénommé Ekam est sur le point d’être livré, au grand dam de certaines autorités locales. « C’est vraiment laid, remarque Batuel Bertrand, l’adjoint au maire de Limonade. Et puis c’est trop petit. Nous aurions préféré quelques immeubles en hauteur. »

Le projet, financé par l’USAID, a été lancé en juin 2011, par un appel à projet qui précisait vouloir .fournir « 750 logements modestes, culturellement appropriés, pour des Haïtiens affectés par le tremblement de terre, utilisant des matériaux disponibles localement, qui pourront être facilement réparés ou étendus et sont en mesure de résister aux risques climatique et sismique de la région ». Les modèles des maisons ont été conçus par l’entreprise américaine CEEPCO, et dès la procédure d’appel d’offre, des inquiétudes se sont manifestées parmi les postulants au projet concernant la salubrité des logements. Ainsi un contractant potentiel note-t-il : « Les plans montrent une fosse à déchets sous les sanitaires. Il n'y a pas de dispositif pour l'étanchéité effective du réservoir ou pour les odeurs et la vermine lors de l'utilisation des toilettes. Cette installation présente un problème de santé et de sécurité grave et doit être pensée différemment. » Les services d’USAID se sont contentés de répondre que le candidat doit répondre aux plans et détails fournis. Ils ne fournissent pas non plus aux entreprises participantes d’analyse des sols permettant de prendre en compte les risques spécifiques de la zone.

En avril 2012, une analyse réalisée par des architectes, des Haïtiens vivant à l’étranger et des spécialistes en développement ayant une grande expérience du pays, menée sous l’égide de Greg Higgins, un architecte américain, à partir des documents officiels de l’appel d’offre, avait également révélé les nombreuses défaillances du projet : le caractère monotone, dense et uniforme du projet, les faibles dimensions des logements (une seule pièce pour chacun), le manque d’espace entre deux habitations (tout juste 2 m), le caractère inondable de la zone de construction, la non convivialité du lieu, l’impossibilité d’y planter des arbres sur chacune des parcelles ou d’y élaborer une vie communautaire… « Nous demandons une intervention urgente afin d’empêcher que ce site de logement ne devienne rapidement un bidonville ou un désastre sanitaire, concluent les auteurs de l’analyse. USAID ne devrait attribuer aucun contrat de construction fondé sur le projet tel que dessiné, qui doit être immédiatement repensé. » Envoyé à l’agence américaine, ainsi qu’à différents parlementaires américains, l’analyse n’a jamais reçu la moindre réponse.

La visite d’un des logements permet aujourd’hui de constater que des modifications ont été apportées par rapport au plan initial : un réservoir est présent sur chaque toit, des toilettes (avec chasse d’eau) ont été installées (initialement le contrat prévoyait que cet élément soit fourni par le locataire !), les maisons comportent chacune en plus de la pièce commune une chambre d’environ 8 m2 (inférieure aux normes de l’International building code). La salle de bain et la cuisine restent minuscules. La dalle de béton disponible pour ajouter une pièce ne semble pas permettre de construire plus de 4 m2 supplémentaires…

Ici comme partout où sont livrés ces lotissements tracés au cordeau, issus du néant, sans histoire ni culture, on craint évidemment les risques de bidonvillisation. « J’ai découvert ce site en travaux l’année dernière par hasard, en passant devant, remarque Jean-Marie Théodat, le président de la toute jeune université voisine de Limonade. En novembre, j’ai rencontré des membres de la chambre de commerce du Nord qui se plaignaient de ces maisons et s’interrogeaient sur la stratégie à utiliser pour empêcher qu’elles se transforment en bidonville. »

Photo rapprochée 2

A ce jour, on ne sait toujours pas qui seront les habitants du site. L’appel à projet initial de USAID mentionnait des personnes déplacées par le tremblement de terre du 12 janvier 2010. « Mais si on loge ici des gens qui n’ont pas d’activité, que vont-ils faire pour vivre, s’interroge Batuel Bertrand. » La fiche technique du projet mentionne désormais un mélange entre victimes du tremblement de terre et ouvriers du récent parc industriel construit à Caracol. Au bureau local de l’EPPLS, celui de Cap Haïtien, pas davantage d’informations ne filtrent, puisque l’établissement ne gère pas le site pour l’instant… « C’est une ONG qui a mené les consultations pour les attributions de logement, se souvient Henry Claude Hilaire, responsable du bureau de l’EPPLS du Cap Haïtien. Mais ils sont partis à présent et nous ne savons pas encore ce que cela a donné. »

A quelques encablures de là, le président de l’université de Limonade a lui aussi son idée, qu’il s’est chargé de transmettre directement au président de la République : confier une partie des logements à l’université pour y héberger ses étudiants. « Nous pourrions faire de la zone alentour une zone d’expérimentation agricole, où les étudiants en agronomie mettraient en pratique leurs apprentissages. Leur population ne s’étendra pas puisque la fréquentation de l’université est limitée aux 1800 places et une articulation pourra être trouvée entre les ouvriers et les étudiants, les entreprises du parc industriel et l’Université. »

Une proposition alléchante, rédigée en un plaidoyer qui semble séduire. Les étudiants sont évidemment intéressés, eux qui viennent de tout le territoire national dans l’espoir d’étudier et obtenir un diplôme et trouvent difficilement à se loger. « Pour l’instant, il n’y a pas de résidence universitaire sur le site de Limonade, remarque Djimy Sylvestre, de l’organisation étudiante Révolution culturelle et mentale haïtienne (RECUMHA). On se partage des maisons pas toujours bien équipées, on dort chez la famille, etc. Ce n’est pas toujours idéal pour étudier. » Jean-Marie Théodat a présenté le projet au chef de l’Etat. « Les représentants des chambres de commerce et d’industrie du Nord et du Nord-Est m’ont incité à faire campagne, poursuit-il. Tous ceux qui m’ont entendu sont d’accord avec moi. Michaelle Jean elle-même a présenté l’idée à l’ambassadrice américaine qui se serait mise en colère. »

Et puis, plus rien. Sur le site même d’Ekam comme à l’EPPLS, on parle de livrer les maisons dès septembre prochain. Le bureau USAID du Cap Haïtien est par ailleurs en train de fermer et ne semble de toute façon pas décisionnaire sur ce dossier. Encore une belle occasion de ratée pour le développement d’Haïti ?

A lire également sur ce sujet :

Le Parc industriel de Caracol à qui profitera le pari ? – Ayiti Kale Je

Earthquake relief where Haiti wasn’t broken – New York Times

 

 


 

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